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Un dernier don pour faire avancer la recherche sur les cancers rares

L’héritage de Jerry Pelletier : comment une vie consacrée à la science – et un dernier don – font progresser les soins de précision contre les cancers rares et difficiles à traiter

En cette Journée mondiale contre le cancer, nous nous rappelons que les progrès dans la lutte contre le cancer ne découlent pas seulement de découvertes, mais aussi d’actes de générosité extraordinaires.

Jerry Pelletier, chercheur, mentor et collègue d’exception, est décédé d’un cancer en 2023. Face à son propre diagnostic, Jerry a pris une décision qui continue aujourd’hui d’influencer la recherche sur le cancer : il a donné sa tumeur à la science.

Depuis ce moment, la tumeur de Jerry a été étudiée à l’Institut du cancer Rosalind et Morris Goodman (ICG) et à l’Université McGill par d’ancien×nes collaborateur·trices. Ces recherches ont mené à l’obtention d’informations cruciales sur la biologie du cancer rare dont il était atteint. Ces connaissances ont contribué à faire progresser de nouvelles approches en oncologie de précision et à approfondir la compréhension des cancers rares qui demeurent mal compris et difficiles à traiter.

La contribution de Jerry ne s’est pas limitée à ce don. Au cours des années qui ont suivi son décès, ses travaux scientifiques, ses valeurs et l’importance de son expérience ont continué à façonner la manière dont les chercheurs et chercheuses abordent certains des problèmes les plus difficiles liés au cancer. D’autant plus pour les cancers rares et autres maladies agressives et difficiles à traiter, pour lesquelles les options de traitements sont limitées et le temps est un facteur déterminant.

De la science fondamentale à l’élan collectif

Tout au long de sa carrière, Jerry Pelletier a contribué de manière fondamentale à notre compréhension de la biologie de l’ARN et du cancer. Ses travaux ont couvert de nombreux domaines, de la découverte des sites d’entrée internes des ribosomes (IRES) et des progrès dans la traduction de l’ARNm (ARN messager), jusqu’à la mise à jour des bases génétiques du syndrome Denys-Drash et à l’identification du contrôle traductionnel déréglé comme une vulnérabilité du cancer. 

Ces importantes contributions ont été mises de l’avant lors d’un symposium organisé en 2024 à l’Université McGill pour commémorer l’héritage de Jerry. Ses collègues ont profité de l’occasion pour retracer la manière dont ses recherches sont passées de la définition de mécanismes biologiques fondamentaux à l’identification d’opportunités d’intervention thérapeutique. Cela comprenait les premiers efforts visant à cibles les composants du mécanisme de traduction et le développement de composés destinés à inhiber l’eIF4A, un régulateur clé de la synthèse des protéines dans les cellules cancéreuses.

Les intervenant·es ont également souligné le rôle de Jerry au-delà des projets individuels. En plus de ses travaux universitaires, il a cofondé une entreprise de biotechnologie, contribué à l’introduction de technologies émergentes telles que l’édition du génome basé sur CRISPR à McGill, et participé activement à la mise en place d’efforts de recherche à plus grande échelle.

Cette même perspective a guidé l’engagement de Jerry dans des programmes de recherche plus vastes. Selon ses collègues, il a activement soutenu et défendu la vision qui sous-tend le projet de l’ADN à l’ARN (D2R), une initiative majeure menée par l’Université McGill visant à accélérer le transfert des découvertes basées sur l’ARN en applications cliniques.

« Jerry croyait profondément au concept qui est devenu D2R », explique Philippe Gros, directeur scientifique de D2R. « Il n’a cessé de défendre l’idée qu’une science de l’ARN solide et motivée par la curiosité devaient s’accompagner d’une structure permettant de traduire les découvertes en résultats concrets. Cette perspective a contribué à façonner ce qu’est devenu D2R. »

Aujourd’hui, D2R est une initiative de recherche de 164 millions de dollars, reflétant un modèle de découverte et de traduction scientifique que Jerry a contribué à inspirer par son travail, son plaidoyer et son engagement auprès de la communauté scientifique au sens large.

Lutter contre les cancers rares grâce à un projet financé par DNA to RNA (D2R)

Après le décès de Jerry, une équipe dirigée par Morag Park de L’ICG et Mark Lathrop, directeur scientifique de D2R, ainsi que de nombreux·ses collaborateur·trices, ont reçu une subvention translationnelle de trois millions de dollars de D2R, nommée en sa mémoire. Bien que le projet ne soit pas directement basé sur le programme de recherche de Jerry, celui-ci a été une source d’inspiration majeure pour la demande, qui s’appuie sur les réalités mises en évidence par sa maladie.

Jerry a succombé à un cancer urothélial rare, qui fait partie d’une catégorie plus large de cancers rares définis par l’Institut national du cancer des États-Unis (U.S. National Cancer Institute) comme touchant moins de 15 personnes sur 100 000. Individuellement peu fréquents mais collectivement importants, les cancers rares sont responsables d’un nombre considérable de décès par cancer, souvent parce que leur biologie sous-jacente est mal comprise et que les stratégies de traitement efficaces font défaut.

Les cancers génito-urinaires (GU) rares, en particulier, sont confrontés depuis longtemps à ce défi. Par rapport aux tumeurs GU plus courantes, telles que le carcinome rénal à cellules claires ou papillaire, les sous-types rares souffrent d’une caractérisation moléculaire limitée et peu d’options thérapeutiques ciblées. En conséquence, les patient·es sont souvent traité·es avec des thérapies standard et non-ciblées qui offrent des bénéfices modestes et de courte durée.

Le projet translationnel financé vise à répondre directement à ce besoin criant. En se concentrant en partie sur les cancers GU peu étudiés, y compris les tumeurs urothéliales rares, le projet vise à découvrir les vulnérabilités génomiques exploitables et à faire progresser des thérapies plus précises et personnalisées.

Un objectif est d’importance particulière : achever la caractérisation moléculaire et la sensibilité aux médicaments de la tumeur de Jerry, un travail qui n’a pas pu être complété dans les délais de sa maladie.

« L’expérience de Jerry a mis en évidence les défis posés par les cancers rares, mais elle a également montré ce qui peut arriver lorsqu’une communauté se mobilise autour d’un objectif commun », explique la professeure Morag Park. « Ce projet est né de ce moment, de la prise de conscience que nous devions agir plus rapidement et travailler davantage collectivement pour faire la différence. »

IMPACT : transformer la nécessité en infrastructure  

L’expérience de Jerry a aussi mis en évidence une autre chose : ce qui est possible lorsque les chercheur·ses agissent rapidement, et ce qui est perdu lorsqu’ils et elles ne le peuvent pas.

Au fur et à mesure que la maladie de Jerry progressait, ses collègues de l’ICG et de l’Université McGill se sont mobilisé·es. Des expert·es en génomique, en médecine de précision, en immunologie et en développement de modèles préclinique ont travaillé ensemble, combinant leurs expertises dans le but de mieux comprendre sa tumeur et d’identifier les possibles vulnérabilités.

« Lorsque la maladie s’est métastasée, la communauté scientifique au sens large s’est mobilisée », explique le professeur Sidong Huang. « Nous avons fait tout notre possible et démontré que la science avait les réponses, mais nous n’avons tout simplement pas eu assez de temps. »

Cette expérience a contribué à catalyser la création de la plateforme moléculaire intégrée pour l’accélération des thérapies contre le cancer et immunitaires (IMPACT), une installation qui sera bientôt mise en place à l’ICG sous la direction des professeures Morag Park et Heather Melichar.

IMPACT est conçue pour intégrer rapidement des modèles précliniques dérivés de patient·es, des données multi-omiques, la génomique fonctionnelle et le profilage des réponses thérapeutiques afin d’identifier les vulnérabilités du cancer et d’éclairer les stratégies de traitement. L’objectif est d’allier rapidité et rigueur, en fournissant des informations cliniquement pertinentes dans des délais raisonnables pour les patient·es.

Au fond, IMPACT est synonyme de durabilité : elle garantit que les futur·es patient·es atteint·es de cancers rares et agressifs pourront bénéficier d’un pipeline de recherche coordonné et à réponse rapide, ce dont Jerry lui-même n’a pas eu accès.

Poursuivre la recherche scientifique : MG-002 et les cancers difficiles à traiter

L’héritage de Jerry se perpétue également à travers la recherche scientifique qu’il a contribué à lancer. Tout au long de sa carrière, il a été convaincu que la compréhension du cancer au niveau moléculaire devait, en bout de ligne, conduire à des innovations thérapeutiques.

L’un de ces efforts est le MG-002, un inhibiteur de deuxième génération ciblant l’initiation de la traduction déréglée dans le cancer. Développé grâce aux travaux de Jerry à McGill, le MG-002 reflète son intérêt de longue date pour le criblage de composés et le développement de médicaments. Fidèle à lui-même, il a donné à cette molécule le nom de l’institution plutôt que le sien.

Aujourd’hui, le MG-002 est le sujet de recherches approfondies menées par les professeur·es Josie Ursini-Siegel et Sidong Huang dans le cadre d’un projet de recherche financé par les IRSC. Leurs travaux se concentrent sur le cancer du sein métastatique, un cancer difficile à traiter, et visent à déterminer si le MG-002 peut perturber de manière sélective la survie des cellules cancéreuses et réduire la propagation des tumeurs dans les modèles précliniques.

Bien que cette recherche ne soit pas spécifique aux cancers rares, elle aborde un défi étroitement lié à de nombreuses maladies rares et agressives : la résistance aux thérapies standard et le besoin urgent de nouvelles stratégies de traitement.

Ses collègues soulignent que, même lorsque sa santé a décliné, Jerry est resté déterminé à faire avancer ce travail, en veillant à ce que le processus d’octroi des subventions se poursuive afin que la recherche scientifique puisse continuer.

Au début de sa carrière, Jerry a apporté une contribution historique à la génétique du cancer. En 1991, ses recherches ont démontré que des mutations du gène WT1 pouvaient perturber le développement normal des reins et de l’appareil génito-urinaire tout en favorisant le cancer chez les enfants. Il a ainsi contribué à établir la compréhension moderne du risque de cancer héréditaire et des origines développementales du cancer.

À bien des égards, son héritage boucle la boucle. Ce scientifique qui a contribué à élucider la biologie d’un cancer pédiatrique rare a ensuite inspiré un écosystème de recherche axé sur l’amélioration des résultats pour les patient·es atteint·es de cancer rares et difficiles à traiter de manière plus générale.

À l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer, nous rendons hommage à Jerry Pelletier non seulement pour ses nombreuses réalisations scientifiques, mais aussi pour sa générosité, sa détermination et son esprit de collaboration qui continuent de façonner la recherche sur le cancer aujourd’hui, nous rapprochant de meilleurs résultats pour les patient·es qui sont trop souvent laissé·es pour compte ou qui ont trop peu souvent trop peu de temps. 

 

 

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