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Étudier les mélanomes les plus souvent négligés

Pendant des décennies, la recherche sur le mélanome s’est principalement concentrée sur les tumeurs causées par les rayons ultraviolets (UV) qui apparaissent sur la peau exposée au soleil, principalement chez les personnes à peau claire. Résultat : le mélanome acral, un sous-type considéré rare dans l’ensemble, mais courant chez les personnes à peau foncée, est resté largement méconnu. Le mélanome acral a également attiré l’attention du public grâce à des cas très médiatisés, notamment celui du musicien Bob Marley, décédé des suites de cette maladie en 1981. Malgré cette visibilité, les facteurs moléculaires à l’origine de l’agressivité de cette maladie chez les patient·es restent mal compris.

À l’Institut du cancer Rosalind et Morris Goodman (ICG), le laboratoire du Dr. Simon Roy M.D., M.H.S., travaille à changer la donne en repensant la façon dont les mélanomes rares sont étudiés, diagnostiqués et traités.

Lier les connaissances cliniques et les découvertes moléculaires

Professeur adjoint au Département de Pathologie de l’Université McGill, le Dr. Roy est un clinicien-chercheur et dermatopathologiste qui partage son temps entre le Centre universitaire de santé McGill et l’ICG. Tout en diagnostiquant des cancers de la peau en clinique, il dirige également un programme de recherche axé sur la découverte de leurs souches moléculaires. Cette double perspective informe également les questions fondamentales du laboratoire, en particulier celles par rapport au mélanome acral, souvent diagnostiqué à un stade avancé et dont la réponse aux traitements standards est moins prévisible

« En tant que dermatopathologiste, je constate que ces tumeurs apparaissent souvent plus tardivement et se comportent de manière plus agressive », explique le Dr. Roy. « Chez de nombreux·ses patient·es, en particulier ceux et celles qui ont la peau foncée, la maladie ne correspond pas toujours aux standards sur lesquels reposent de nombre cadres diagnostiques et modèles de risque. C’est cette divergence qui motive nos questions de recherche. »

Ces réalités cliniques orientent les travaux de recherche du laboratoire vers une meilleure compréhension des raisons pour lesquelles le mélanome accral se comporte différemment. Le Dr. Roy a aussi comme objectif d’élucider la façon dont la biologie particulière du mélanome acral pourrait être ciblée plus efficacement par les traitements.

Repenser les processus de recherche pour favoriser l’inclusion

L’une des caractéristiques du travail du laboratoire Roy est son effort dédié à combler les lacunes créées par des cohortes de recherche historiquement non représentatives. De nombreux biomarqueurs et modèles prédictifs existants dans le domaine du mélanome ont été développés à partir d’ensembles de données qui ne reflètent pas nécessairement la diversité des patient·es atteint·es de cette maladie. Cette limitation peut compromettre la précision du diagnostic et la prise de décision sur la stratégie de traitements.

Pour relever ce défi, le laboratoire Roy utilise et développe des pipelines bio-informatiques intégrés qui combinent le profilage de la méthylation de l’ADN à l’échelle du génome, la cartographie spatiale de l’expression génique et les études de localisation des protéines. Ces approches combinées permettent d’identifier des voies de régulation actives dans des régions spécifiques du microenvironnement tumoral et de relier les signatures moléculaires aux résultats cliniques.

Ces analyses sont associées à un génotypage spécifique à l’ascendance, utilisant des approches basées sur les SNP pour caractériser l’ascendance génétiques des participant·es à l’étude. Cette stratégie soutient le développement de modèles prédictifs qui tiennent compte de la diversité génétique plutôt que de s’appuyer sur des hypothèses uniformes.

Étudier le mélanome acral là où ça compte le plus

Les travaux du laboratoire se concentrent particulièrement sur le mélanome acral, un sous-type de mélanome qui apparaît sur les paumes, la plante des pieds et le lit des ongles et qui n’est pas lié aux rayons UV. Malgré le fait qu’il soit rare dans la population générale, le mélanome acral représente le sous-type de mélanome le plus courant chez les patient·es à la peau foncée et est associé à des taux de survie plus bas.

« Le mélanome acral est souvent considéré rare, mais cette classification dépend des personnes étudies », décrit le Dr. Roy. « Chez les patientes et les patients à peau foncée, il s’agit de l’un des sous-types de mélanome les plus courants, mais nous en savons encore pas assez sur sa biologie. »

À l’aide d’une combinaison d’analyses de l’ADN tumoral circulant et d’études tissulaires, l’équipe de recherche cartographie les schémas épigénétiques associés à la progression de la maladie. Le profilage de la méthylation à l’échelle du génome est utilisé pour identifier les régions régulatrices clés, tandis que la transcriptomique spatiale permet aux chercheurs et chercheuses d’examiner le fonctionnement des voies régulées épigénétiquement dans des niches tumorales distinctes. En corrélant ces caractéristiques moléculaires avec des données cliniques, le laboratoire génère des cartes multidimensionnelles de la biologie du mélanome. Ces travaux sont actuellement financés par la bourse pour chercheurs cliniciens du Réseau des centres d’oncologie du Marathon de l’Espoir, attribuée au Dr. Roy pour ses travaux sur l’épigénétique du mélanome acral.

De la découverte à l’impact clinique

Afin de faire le lien entre les découvertes en laboratoire et les applications cliniques, le laboratoire Roy utilise des cultures de coupes tumorales découpées avec précision, ce qui permet de préserver l’architecture tridimensionnelle originale des tumeurs des patients et patientes. Cette plateforme ex vivo maintient les interactions cellulaires complexes du microenvironnement tumoral, ce qui permet de tester des combinaisons de médicaments et de modéliser les réponses thérapeutiques dans un contexte qui reflète précisément la maladie humaine.

Ensemble, ces approches soutiennent l’objectif global du laboratoire : développer des biomarqueurs non invasifs pour la détection précoce et le suivi du traitement, tout en comblant une lacune importante dans la recherche qui touche principalement des populations de patient·es historiquement sous représentées.

Renforcer la recherche grâce à l’équité

En se concentrant sur ce que la recherche sur le mélanome a historiquement négligé, le laboratoire Roy démontre comment une conception inclusive de la recherche renforce la découverte scientifique. L’étude des populations de patient·es diversifiées n’est pas simplement une question de représentation, elle est essentielle pour construire des modèles précis de la maladie et améliorer les résultats pour l’ensemble des populations.

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