Lorsque les patients atteints d’un cancer de la prostate reçoivent un traitement d’hormonothérapie, l’une des stratégies thérapeutiques les plus courantes, le médicament agit en privant la prostate de testostérone, ce qui entraîne un rétrécissement de la glande. Au cours de ce rétrécissement, appelé régression, plusieurs cellules prostatiques meurent. Mais qu’arrive-t-il à ces cellules mortes, et comment la prostate est-elle affectée? C’est la question à laquelle Luke McCaffrey, chercheur à l’Institut du cancer Rosalind et Morris Goodman (ICG), et son équipe, menée par Adda-Lee Graham-Paquin, PhD, ont répondu dans la nouvelle publication dans le journal Cell Death & Disease intitulée « Apoptotic cell clearance triggers epithelial fate reprogramming during prostate regression » (L’élimination des celles apoptotiques déclenche la reprogrammation du destin épithélial pendant la régression de la prostate – en anglais seulement).
Les auteur·es ont identifié un nouveau mécanisme d’élimination des cellules mortes : les principales cellules de la prostate, appelé cellules épithéliales, sont les principales « nettoyeuses » chargées d’engloutir et d’éliminer leurs voisines mourantes, en processus appelé efférocytose. Cette découverte était pour le moins surprenante, car on pense généralement que ce sont les cellules immunitaires, notamment les macrophages, qui remplissent cette tâche.
L’équipe de recherche a découvert que ce processus de nettoyage ne se contente pas de nettoyer ; il modifie activement l’identité des cellules survivantes. Lorsque les cellules épithéliales phagocytent (engloutissent) leurs voisines mortes, elles subissent un changement métabolique et produisent davantage de lactate que d’habitude. Ce lactate modifie alors les protéines chargées de l’organisation de l’ADN, appelées histones, activant ainsi les gènes qui confèrent aux cellules survivantes un état plus proche de celui des cellules progénitrices. Cette population renouvelée de cellules progénitrices est responsable de la régénération du tissu prostatique.
Il est important de noter que le blocage génétique du processus de nettoyage dans les cellules épithéliales de la prostate chez la souris a entraîné une régression moins efficace de la prostate, et les cellules survivantes n’ont pas réussi à adopter pleinement cet état progéniteur.
Mieux comprendre la résistance au cancer de la prostate
L’hormonothérapie contre le cancer de la prostate métastatique demeure l’une des stratégies thérapeutiques les plus couramment utilisées, mais elle peut éventuellement mener à une résistance. Malheureusement, certains patients développent un cancer de la prostate résistant à la castration, une forme avancée et souvent mortelle de la maladie.
« Comprendre comment la prostate se réorganise en réponse au blocage hormonal nous aide à comprendre comment elle réagit au traitement », explique Adda-Lee, première auteure de l’étude. « C’était la raison première de cette étude : déterminer ce qui se passe pour empêcher cette récidive. »
Cette nouvelle étude nous permet de mieux comprendre le remodelage tissulaire et la manière dont les cellules épithéliales de la prostate réagissent à la privation d’hormones. Elle a été menée par Adda-Lee Graham-Paquin, PhD, en collaboration avec Luke McCaffrey, Ph D, et de feu Maxime Bouchard, PhD, tous deux chercheurs à l’ICG, ainsi qu’avec William Pastor, PhD, membre associé de l’ICG. Elle a été rendue possible grâce au soutien des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et de la fondation Charlotte et Leo Karassik.